Les Insulteurs

L’Année terrible

VI

Pourvu que son branchage, au-dessus du marais,Verdisse, et soit le dôme énorme des forêts,Qu’importe au chêne l’eau hideuse où ses pieds trempent !Les insectes affreux de la poussière rampentSous le bloc immobile aux broussailles mêlé ;Mais au géant de marbre, auguste et mutilé,Au sphinx de granit, rose et sinistre, qu’importeCe que de lui, sous lui, peut penser le cloporte !Dans la nuit où frémit le palmier convulsif,Le colosse, les mains sur ses genoux, pensif,Calme, attend le moment de parler à l’aurore ;Si la limace bave à sa base, il l’ignore ;Ce dieu n’a jamais su qu’un crapaud remuait ;Pendant qu’un ver sur lui glisse, il garde, muet,Son mystère effrayant de sonorité sombre ;Et le fourmillement des millepieds sans nombreN’ôte pas à Memnon, subitement vermeil,La formidable voix qui répond au soleil.

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