Mansuétude des anciens juges
La Légende des siècles
Les chambres de torture étaient d’âpres demeures ;On n’y passait jamais plus de quatre ou cinq heures,Et l’on entrait jeune homme et l’on sortait vieillard.Le juge pour le code et le bourreau pour l’art5S’épuisaient, et, mêlant fer rouge et loi romaine,Ayant à travailler sur de la chair humaine,N’épargnaient rien afin d’arriver à l’aveu.
Sous leurs mains, l’os, le muscle, et l’ongle et le cheveuFrémissaient, et, hurlant plus fort selon la fibre10Qui tressaille, et selon le nerf profond qui vibre,Un homme devenait un clavier où VouglansJouait de l’agonie avec ses doigts sanglants.Ne croyez pas pourtant que lui, ni Farinace,Ou Levert, n’eussent rien au cœur que la menace ;15Ils priaient au besoin le captif garrotté ;Ils sucraient la torture avec de la bonté ;L’accusé qui résiste attriste la grand’chambre ;Bénins, ils l’imploraient en lui brisant un membre ;Ils étaient paternels ; ils se penchaient, prêchant,20Suppliant, regrettant d’agir, l’air pas méchant,Pour faire à cet œil terne et sombre, à cette bouche,À cette âme aux abois, vomir l’aveu farouche.Pasquier leurrait d’espoir ces regards presque éteints ;Delancre au patient disait des vers latins ;25Bodin, sachant par cœur Virgile et ses idylles,Les citait ; et parfois ils pleuraient, crocodiles.
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