La Méridienne du lion

VIII

Le lion dort, seul sous sa voûte.Il dort de ce puissant sommeilDe la sieste, auquel s’ajoute,Comme un poids sombre, le soleil.Les déserts, qui de loin écoutent,Respirent ; le maître est rentré.Car les solitudes redoutentCe promeneur démesuré.Son souffle soulève son ventre ;Son œil de brume est submergé,Il dort sur le pavé de l’antre,Formidablement allongé.La paix est sur son grand visage,Et l’oubli même, car il dort.Il a l’altier sourcil du sageEt l’ongle tranquille du fort.Midi sèche l’eau des citernes ;Rien du sommeil ne le distrait ;Sa gueule ressemble aux cavernes,Et sa crinière à la forêt.

Il entrevoit des monts difformes,Des Ossas et des Pelions,À travers les songes énormesQue peuvent faire les lions.Tout se tait sur la roche plateOù ses pas tout à l’heure erraient.S’il remuait sa grosse patte,Que de mouches s’envoleraient !

20 septembre 1865, route de Vianden à Clervaux.

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