Le Chasseur noir
IIILE CHASSEUR NOIR
— Qu’es-tu, passant ? Le bois est sombre,Les corbeaux volent en grand nombre,Il va pleuvoir.— Je suis celui qui va dans l’ombre,Le chasseur noir !Les feuilles des bois, du vent remuées,Sifflent… on diraitQu’un sabbat nocturne emplit de huéesToute la forêt ;
Dans une clairière au sein des nuées,La lune apparaît.Chasse le daim, chasse la biche,Cours dans les bois, cours dans la friche,Voici le soir.Chasse le czar, chasse l’Autriche,Ô chasseur noir !Les feuilles des bois —Souffle en ton cor, boucle ta guêtre,Chasse les cerfs qui viennent paîtrePrès du manoir.Chasse le roi, chasse le prêtre,Ô chasseur noir !Les feuilles des bois —Il tonne, il pleut, c’est le déluge.Le renard fuit, pas de refugeEt pas d’espoir !Chasse l’espion, chasse le juge,Ô chasseur noir !Les feuilles des bois —Tous les démons de saint-AntoineBondissent dans la folle avoineSans t’émouvoir ;
Chasse l’abbé, chasse le moine,Ô chasseur noir !Les feuilles des bois —Chasse les ours ! ta meute jappe.Que pas un sanglier n’échappe !Fais ton devoir !Chasse César, chasse le pape,Ô chasseur noir !Les feuilles des bois —Le loup de ton sentier s’écarte.Que ta meute à sa suite parte !Cours ! fais-le choir !Chasse le brigand Bonaparte,Ô chasseur noir !Les feuilles des bois, du vent remuées,Tombent… on diraitQue le sabbat sombre aux rauques huéesA fui la forêt ;Le clair chant du coq perce les nuées ;Ciel ! l’aube apparaît !Tout reprend sa forme première.Tu redeviens la France altièreSi belle à voir,
L’ange blanc vêtu de lumière,Ô chasseur noir !Les feuilles des bois, du vent remuées,Tombent… on diraitQue le sabbat sombre aux rauques huéesA fui la forêt ;Le clair chant du coq perce les nuées,Ciel ! l’aube apparaît !
Jersey, septembre 1853.
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