On construit une Église

Le Pape

ON CONSTRUIT UNE ÉGLISE

L’ARCHEVÊQUE

Hommes qui bâtissez une église, il importeD’en faire magnifique et superbe la portePour que la foule y puisse entrer facilement ;Employez-y le bronze et l’or, le diamant,L’onyx, le saphir ; rien n’est trop beau pour l’église ;Que la façade soit auguste, et qu’on y liseCe nom, Jéhovah, comme à travers des éclairs ;Que le clocher répande un hymne dans les airsEt que son tremblement se communique aux âmes ;Et que le peuple sente, enfants, vieillards et femmes,En regardant ce temple avec un saint frisson,Qu’on a sur le seigneur mesuré la maisonEt la grandeur du lieu sur la grandeur de l’hôte ;Que la crypte soit vaste et que la nef soit haute ;Que L’HOMME entende là passer confusémentLa faute et le pardon, divin chuchotement ;Que le saint-livre ouvert soit sur la sainte-table ;Que l’évêque ait son trône et Jésus son étable ;Que les prêtres, par qui vos torts sont expiés,Aient une natte épaisse et tiède sous leurs pieds ;Que l’âme croie, en l’ombre où flottent les saints-voiles,Entrevoir une obscure éclosion d’étoilesComme au fond des forêts dans la vapeur des soirs ;Qu’on y sente osciller les vagues encensoirs ;Que l’autel, entouré d’un solennel murmure,Ait la splendeur sinistre et sombre d’une armure,Car le céleste esprit combat l’esprit charnel,Et nul ne doit sans crainte approcher l’Éternel ;

Pas d’ornement grossier, pas de matières viles ;Quand Salomon disait aux bâtisseurs de villes :― Bâtissez sur la roche et non sur le limon ―Hiram, maçon du temple, écoutait Salomon ;Donc obéissez-moi. Faites un fier mélangeDu Raphaël pudique et du grand Michel-Ange ;Peignez sur la muraille Adam qu’Ève tenta,Moïse au Sinaï, Jésus au Golgotha,Les Géants terrassés malgré leur haute taille,Job, et l’effarement des chevaux de bataille ;Tout ce qui foudroya, tout ce qui rayonna,Festin de Balthasar et noces de Cana,Doit faire flamboyer et resplendir les fresques ;Mariez l’arc lombard aux ogives moresques ;Que la statue alterne avec les noirs tableaux ;Une église doit être un large espace, enclosDe bons murs, préservé des vents et des tempêtes ;Prêtres, emplissez-la de fleurs les jours de fêtes ;Tout ce qui vient du ciel, l’église le contient ;Un roi qui la voudrait orner comme il convient,Épuiserait Golconde et n’y pourrait suffire ;Prodiguez-y l’airain, le jaspe et le porphyreQue n’atteint pas la rouille et né mord pas le ver.

LE PAPE

Et mettez-y des lits pour les pauvres l’hiver.

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