Les Bonnes Intentions de Rosa
XIII
Ce bonhomme avait les yeux mornesEt, sur son front chargé d’ennui,L’incorrection de deux cornes,Tout à fait visibles chez lui.Ses vagues prunelles bourruesReflétaient dans leur blême éclairLe sombre dédale des ruesDe la grande ville d’enfer.Son pied fourchu crevait ses chausses ;Hors du gouffre il prenait le frais ;Ses dents, certes, n’étaient point fausses,Mais ses regards n’étaient pas vrais.Il venait sur terre, vorace.Dans ses mains, aux ongles de fer,Il tenait un permis de chasseSigné Dieu, plus bas Lucifer.C’était Belzébuth, très bon diable.Je le reconnus sur-le-champ.Sa grimace irrémédiableLui donnait l’air d’un dieu méchant.
Un même destin, qui nous pèse,Semble tous deux nous châtier,Car dans l’amour je suis à l’aiseComme lui dans un bénitier.L’amour, — jaloux, ne vous déplaise, —Est un doux gazon d’oasisFort ressemblant à de la braiseSur laquelle on serait assis.Une femme ! l’exquise chose !Je redeviens un écolier ;Je décline Rosa la rose ;Je suis amoureux à lier.Or le diable est une rencontre ;Et j’en suis toujours réjoui.De tous les Pour il est le Contre ;Il est le Non de tous les Oui.Le diable est diseur de proverbes.Il songeait. Son pied mal bottéÉcrasait dans les hautes herbesLa forêt de fleurs de l’été.L’un près de l’autre nous passâmes.— Çà, pensai-je, il est du métier. —Le diable se connaît en femmes,En qualité de bijoutier.Je m’approchai de son altesse,Le chapeau bas ; ce carnassier,Calme, me fit la politesseD’un sourire hostile et princier.
Je lui dis : — Que pensez-vous d’elle ?Contez-moi ce que vous savez.— Son désir de t’être fidèle,Dit-il, est un de mes pavés.
Bade, 8 septembre 1865.
Comentarios
Cargando comentarios…