L’Empereur s’amuse

Les Châtiments

Pour les bannis opiniâtresLa France est loin, la tombe est près.Prince, préside aux jeux folâtres,Chasse aux femmes dans les théâtres,Chasse aux chevreuils dans les forêts ;Rome te brûle le cinname,Les rois te disent : mon cousin. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

Les plus frappés sont les plus dignes.Ou l’exil ! ou l’Afrique en feu !Prince, Compiègne est plein de cygnes,Cours dans les bois, cours dans les vignes,Vénus rayonne au plafond bleu ;La bacchante aux bras nus se pâmeSous sa couronne de raisin. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

Les forçats bâtissent le phare,Traînant leurs fers au bord des flots !Hallali ! hallali ! fanfare !Le cor sonne, le bois s’effare,La lune argente les bouleaux ;À l’eau les chiens ! le cerf qui brameSe perd dans l’ombre du bassin. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

Le père est au bagne à Cayenne,Et les enfants meurent de faim.Le loup verse à boire à l’hyène ;L’homme à la mitre citoyenneTrinque en son ciboire d’or fin ;On voit luire les yeux de flammeDes faunes dans l’antre voisin. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

Les morts, au boulevard Montmartre,Rôdent, montrant leur plaie au cœur.Pâtés de Strasbourg et de Chartre ;Sous la table, un tapis de martre ;Les belles boivent au vainqueur,Et leur sourire offre leur âme,Et leur corset offre leur sein. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

Captifs, expirez dans les fièvres.Vous allez donc vous reposer !Dans le vieux saxe et le vieux sèvresOn soupe, on mange, et sur les lèvresÉclôt le doux oiseau baiser ;Et, tout en riant, chaque femmeEn laisse fuir un fol essaim. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

La Guyane, cachot fournaise,Tue aujourd’hui comme jadis.Couche-toi, joyeux et plein d’aise,Au lit où coucha Louis seize,Puis l’empereur, puis Charles dix ;Endors-toi, pendant qu’on t’acclame,La tête sur leur traversin. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

Ô deuil ! par un bandit féroceL’avenir est mort poignardé !C’est aujourd’hui la grande noce,Le fiancé monte en carrosse ;C’est lui ! César le bien gardé !Peuples, chantez l’épithalame !La France épouse l’assassin. —Sonne aujourd’hui le glas, bourdon de Notre-Dame,Et demain le tocsin !

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