« Le grand homme vaincu peut perdre en un instant »
Les Chants du crépuscule
Le grand homme vaincu peut perdre en un instantSa gloire, son empire, et son trône éclatant,Et sa couronne qu’on renie,Tout, jusqu’à ce prestige à sa grandeur mêléQui faisait voir son front dans un ciel étoilé ;Il garde toujours son génie !
Ainsi, quand la bataille enveloppe un drapeau,Tout ce qui n’est qu’azur, écarlate, oripeau,Frange d’or, tunique de soie,Tombe sous la mitraille en un moment haché,Et, lambeau par lambeau, s’en va comme arrachéPar le bec d’un oiseau de proie ;
Et, qu’importe ! à travers les cris, les pas, les voix,Et la mêlée en feu qui sur tous à la foisFait tourner son horrible meule,Au plus haut de la hampe, orgueil des bataillons,Où pendait cette pourpre envolée en haillons,L’aigle de bronze reste seule !
21 février 1835.
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