Les Contemplations — ?

Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément,Où les vivants pensifs travaillent tristement,Et qui donne à regret à cette race humaineUn peu de pain pour tant de labeur et de peine ;Des hommes durs, éclos sur ces sillons ingrats ;Des cités d’où s’en vont, en se tordant les bras,La charité, la paix, la foi, sœurs vénérables ;L’orgueil chez les puissants et chez les misérables ;La haine au cœur de tous ; la mort, spectre sans yeux,Frappant sur les meilleurs des coups mystérieux ;Sur tous les hauts sommets des brumes répandues ;Deux vierges, la justice et la pudeur, vendues ;Toutes les passions engendrant tous les mots ;Des forêts abritant des loups sous leurs rameaux ;Là le désert torride, ici les froids polaires ;Des océans émus de subites colères,Pleins de mâts frissonnants qui sombrent dans la nuit ;Des continents couverts de fumée et de bruit,Où, deux torches aux mains, rugit la guerre infâme,Où toujours quelque part fume une ville en flamme,Où se heurtent sanglants les peuples furieux ; —

Et que tout cela fasse un astre dans les cieux !

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