En frappant à une porte

Les Contemplations

XXIVEN FRAPPANT À UNE PORTE

J’ai perdu mon père et ma mère,Mon premier né, bien jeune, hélas !Et pour moi la nature entièreSonne le glas.Je dormais entre mes deux frères ;Enfants, nous étions trois oiseaux ;Hélas ! le sort change en deux bièresLeurs deux berceaux.Je t’ai perdue, ô fille chère,Toi qui remplis, ô mon orgueil,Tout mon destin de la lumièreDe ton cercueil !J’ai su monter, j’ai su descendre.J’ai vu l’aube et l’ombre en mes cieux.J’ai connu la pourpre, et la cendreQui me va mieux.J’ai connu les ardeurs profondes,J’ai connu les sombres amours ;J’ai vu fuir les ailes, les ondes,Les vents, les jours.J’ai sur ma tête des orfraies ;J’ai sur tous mes travaux l’affront,Aux pieds la poudre, au cœur des plaies,L’épine au front.J’ai des pleurs à mon œil qui pense,Des trous à ma robe en lambeau ;Je n’ai rien à la conscience :Ouvre, tombeau.

Marine-Terrace, 4 septembre 1855.

Comentarios

Cargando comentarios…