« Nous allions au verger cueillir des bigarreaux »

Les Contemplations

Nous allions au verger cueillir des bigarreaux.Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros,Elle montait dans l’arbre et courbait une branche.Les feuilles frissonnaient au vent ; sa gorge blanche,O Virgile, ondoyait dans l’ombre et le soleil.Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil,Semblable au feu qu’on voit dans le buisson qui flambe.Je montais derrière elle ; elle montrait sa jambe,Et disait : Taisez-vous ! à mes regards ardents,Et chantait. Par moments, entre ses belles dents,Pareille, aux chansons près, à Diane farouche,Penchée, elle m’offrait la cerise à sa bouche ;Et ma bouche riait, et venait s’y poser,Et laissait la cerise et prenait le baiser.

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