« Les enfants lisent, troupe blonde »

IV

Les enfants lisent, troupe blonde ;Ils épellent, je les entends ;Et le maître d’école grondeDans la lumière du printemps.J’aperçois l’école entr’ouverte ;Et je rôde au bord des marais ;Toute la grande saison verteFrissonne au loin dans les forêts,Tout rit, tout chante ; c’est la fêteDe l’infini que nous voyons ;La beauté des fleurs semble faiteAvec la candeur des rayons.J’épelle aussi moi ; je me pencheSur l’immense livre joyeux ;Ô champs, quel vers que la pervenche !Quelle strophe que l’aigle, ô cieux !Mais, mystère ! rien n’est sans tache.Rien ! — Qui peut dire par quels nœudsLa végétation rattacheLe lys chaste au chardon hargneux ?Tandis que là-bas siffle un merle,La sarcelle, des roseaux platsSort, ayant au bec une perle ;Cette perle agonise, hélas !

C’est le poisson qui, tout à l’heure,Poursuivait l’aragne, courantSur sa bleue et vague demeure,Sinistre monde transparent.Un coup de fusil dans la haie,Abois d’un chien ; c’est le chasseur.Et, pensif, je sens une plaieParmi toute cette douceur.Et, sous l’herbe pressant la fange,Triste passant de ce beau lieu,Je songe au mal, énigme étrange,Faute d’orthographe de Dieu.

23 octobre 1859

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