« Contempler dans son bain sans voiles »

Les Feuilles d’automne

Contempler dans son bain sans voilesUne fille aux yeux innocents ;Suivre de loin de blanches voiles ;Voir au ciel briller les étoilesEt sous l’herbe les vers luisants ;

Voir autour des mornes idolesDes sultanes danser en rond ;D’un bal compter les girandoles ;La nuit, voir sur l’eau les gondolesFuir avec une étoile au front ;

Regarder la lune sereine ;Dormir sous l’arbre du chemin ;Être le roi lorsque la reine,Par son sceptre d’or souveraine,L’est aussi par sa blanche main ;

Ouïr sur les harpes jalousesSe plaindre la romance en pleurs ;Errer, pensif, sur les pelouses,Le soir, lorsque les andalousesDe leurs balcons jettent des fleurs ;

Rêver, tandis que les roséesPleuvent d’un beau ciel espagnol,Et que les notes embraséesS’épanouissent en fuséesDans la chanson du rossignol ;

Ne plus se rappeler le nombreDe ses jours, songes oubliés ;Suivre fuyant dans la nuit sombreUn Esprit qui traîne dans l’ombreDeux sillons de flamme à ses pieds ;

Des boutons d’or qu’avril étaleDépouiller le riche gazon ;Voir, après l’absence fatale,Enfin, de sa ville nataleGrandir la flèche à l’horizon ;

Non, tout ce qu’a la destinéeDe bien réels ou fabuleuxN’est rien pour mon âme enchaînéeQuand tu regardes inclinéeMes yeux noirs avec tes yeux bleus !

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