« Dans l’alcôve sombre »
Les Feuilles d’automne
Dans l’alcôve sombre,Près d’un humble autel,L’enfant dort à l’ombreDu lit maternel.Tandis qu’il repose,Sa paupière rose,Pour la terre close,S’ouvre pour le ciel.
Il fait bien des rêves.Il voit par momentsLe sable des grèvesPlein de diamants ;Des soleils de flammes,Et de belles damesQui portent des âmesDans leurs bras charmants.
Songe qui l’enchante !Il voit des ruisseaux.Une voix qui chanteSort du fond des eaux.Ses sœurs sont plus belles.Son père est près d’elles.Sa mère a des ailesComme les oiseaux.
Il voit mille chosesPlus belles encor ;
Des lys et des rosesPlein le corridor ;Des lacs de déliceOù le poisson glisse,Où l’onde se plisseÀ des roseaux d’or.
Enfant, rêve encore !Dors, ô mes amours !Ta jeune âme ignoreOù s’en vont tes jours.Comme une algue morteTu vas, que t’importe !Le courant t’emporte,Mais tu dors toujours !
Sans soin, sans étude,Tu dors en chemin ;Et l’inquiétude,À la froide main,De son ongle arideSur ton front candideQui n’a point de ride,N’écrit pas : Demain !
Il dort, innocence !Les anges sereinsQui savent d’avanceLe sort des humains,Le voyant sans armes,Sans peur, sans alarmes,Baisent avec larmesSes petits mains.
Leurs lèvres effleurentSes lèvres de miel.L’enfant voit qu’ils pleurent
Et dit : Gabriel !Mais l’ange le touche,Et, berçant sa couche,Un doigt sur sa bouche,Lève l’autre au ciel !
Cependant sa mère,Prompte à le bercer,Croit qu’une chimèreLe vient oppresser.Fière, elle l’admire,L’entend qui soupire,Et le fait sourireAvec un baiser.
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