Grenade

Les Orientales

Cadix a les palmiers ; Murcie a les oranges ;Jaën, son palais goth aux tourelles étranges ;Agreda, son couvent bâti par saint-Edmond ;Ségovie a l’autel dont on baise les marches,

Qui lui porte un torrent pris au sommet d’un mont.

Le poisson qui rouvrit l’œil mort du vieux TobieSe joue au fond du golfe où dort Fontarabie ;Alicante aux clochers mêle les minarets ;Compostelle a son saint ; Cordoue aux maisons vieillesA sa mosquée où l’œil se perd dans les merveilles ;

Valence a les clochers de ses trois cents églises ;L’austère Alcantara livre au souffle des brisesLes drapeaux turcs pendus en foule à ses piliers ;Salamanque en riant s’assied sur trois collines,

Et s’éveille en sursaut aux cris des écoliers.

Burgos de son chapitre étale la richesse ;Peñaflor est marquise, et Girone est duchesse ;

Bivar est une nonne aux sévères atours ;Toujours prête au combat, la sombre Pampelune,Avant de s’endormir aux rayons de la lune,

L’Alhambra ! l’Alhambra ! palais que les GéniesOnt doré comme un rêve et rempli d’harmonies,Forteresse aux créneaux festonnés et croulants,Où l’on entend la nuit de magiques syllabes,Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,

Il n’est rien de plus beau ni de plus grand au monde ;Soit qu’à Vivataubin Vivaconlud réponde,Avec son clair tambour de clochettes orné ;Soit que, se couronnant de feux comme un calife,

Élève dans la nuit son faîte illuminé.

Grenade efface en tout ses rivales ; GrenadeChante plus mollement la molle sérénade ;Elle peint ses maisons de plus riches couleurs ;Et l’on dit que les vents suspendent leurs haleinesQuand par un soir d’été Grenade dans ses plaines

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