Les Bleuets

Les Orientales

Tandis que l’étoile inodoreQue l’été mêle aux blonds épisÉmaille de son bleu lapisLes sillons que la moisson dore,Avant que, de fleurs dépeuplés,Les champs aient subi les faucilles,Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

Entre les villes andalouses,Il n’en est pas qui sous le cielS’étende mieux que PeñafielSur les gerbes et les pelouses,Pas qui dans ses murs crénelésLève de plus fières bastilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

Il n’est pas de cité chrétienne,Pas de monastère à beffroi,

Chez le Saint-Père et chez le Roi,Où, vers la Saint-Ambroise, il viennePlus de bons pèlerins hâlés,Portant bourdon, gourde et coquilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

Dans nul pays, les jeunes femmes,Les soirs, lorsque l’on danse en rond,N’ont plus de roses sur le front,Et n’ont dans le cœur plus de flammes ;Jamais plus vifs et plus voilésRegards n’ont lui sous les mantilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

La perle de l’Andalousie,Alice, était de Peñafiel,Alice qu’en faisant son mielPour fleur une abeille eût choisie.Ces jours, hélas ! sont envolés !On la citait dans les familles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

Un étranger vint dans la ville,Jeune, et parlant avec dédain.Était-ce un maure grenadin ?Un de Murcie ou de Séville ?Venait-il des bords désolésOù Tunis a ses escadrilles ?…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

On ne savait. — La pauvre AliceEn fut aimée, et puis l’aima.Le doux vallon du Xarama

De leur doux péché fut complice.Le soir, sous les cieux étoilés,Tous deux erraient par les charmilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

La ville était lointaine et sombre ;Et la lune, douce aux amours,Se levant derrière les toursEt les clochers perdus dans l’ombre,Des édifices dentelésDécoupait en noir les aiguilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

Cependant, d’Alice jalouses,En rêvant au bel étranger,Sous l’arbre à soie et l’orangerDansaient les brunes andalouses ;Les cors, aux guitares mêlés,Animaient les joyeux quadrilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

L’oiseau dort dans le lit de mousseQue déjà menace l’autour ;Ainsi dormait dans son amourAlice confiante et douce.Le jeune homme aux cheveux bouclés,C’était don Juan, roi des Castilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

Or c’est péril qu’aimer un prince.Un jour, sur un noir palefroiOn la jeta de par le roi ;On l’arracha de la province ;

Un cloître sur ses jours troublésDe par le roi ferma ses grilles…Allez, allez, ô jeunes filles,Cueillir des bleuets dans les blés !

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