Sara la baigneuse
Les Orientales
Le soleil et les vents, dans ces bocages sombres,Des feuilles sur son front faisaient flotter les ombres.
Sara, belle d’indolence,Se balanceDans un hamac, au-dessusDu bassin d’une fontaineToute pleineD’eau puisée à l’Ilyssus ;
Et la frêle escarpoletteSe reflèteDans le transparent miroir,Avec la baigneuse blancheQui se penche,Qui se penche pour se voir.
Chaque fois que la nacelle,Qui chancelle,Passe à fleur d’eau dans son vol,On voit sur l’eau qui s’agiteSortir viteSon beau pied et son beau col.
Elle bat d’un pied timideL’onde humide
Où tremble un mouvant tableau,Fait rougir son pied d’albâtre,Et, folâtre,Rit de la fraîcheur de l’eau.
Reste ici caché : demeure !Dans une heure,D’un œil ardent tu verrasSortir du bain l’ingénue,Toute nue,Croisant ses mains sur ses bras.
Car c’est un astre qui brilleQu’une filleQui sort d’un bain au flot clair,Cherche s’il ne vient personne,Et frissonne,Toute mouillée au grand air.
Elle est là, sous la feuillée,ÉveilléeAu moindre bruit de malheur ;Et rouge, pour une moucheQui la touche,Comme une grenade en fleur.
On voit tout ce que dérobeVoile ou robe ;Dans ses yeux d’azur en feu,Son regard que rien ne voileEst l’étoileQui brille au fond d’un ciel bleu.
L’eau sur son corps qu’elle essuieRoule en pluie,Comme sur un peuplier ;Comme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutesLes perles de son collier.
Mais Sara la nonchalanteEst bien lenteÀ finir ses doux ébats ;Toujours elle se balanceEn silence,Et va murmurant tout bas :
« Oh ! si j’étais capitane,Ou sultane,Je prendrais des bains ambrés,Dans un bain de marbre jaune,Près d’un trône,Entre deux griffons dorés !
« J’aurais le hamac de soieQui se ploieSous le corps prêt à pâmer ;J’aurais la molle ottomaneDont émaneUn parfum qui fait aimer.
« Je pourrais folâtrer nue,Sous la nue,Dans le ruisseau du jardin,Sans craindre de voir dans l’ombreDu bois sombreDeux yeux s’allumer soudain.
« Il faudrait risquer sa têteInquiète,Et tout braver pour me voir,Le sabre nu de l’heiduque,Et l’eunuqueAux dents blanches, au front noir !
« Puis, je pourrais, sans qu’on presseMa paresse,Laisser avec mes habitsTraîner sur les larges dallesMes sandalesDe drap brodé de rubis. »
Ainsi se parle en princesse,Et sans cesseSe balance avec amour,La jeune fille rieuse,OublieuseDes promptes ailes du jour.
L’eau, du pied de la baigneusePeu soigneuse,Rejaillit sur le gazon,Sur sa chemise plissée,BalancéeAux branches d’un vert buisson.
Et cependant des campagnesSes compagnesPrennent toutes le chemin.Voici leur troupe frivoleQui s’envoleEn se tenant par la main.
Chacune, en chantant comme elle,Passe, et mêleCe reproche à sa chanson :— Oh ! la paresseuse filleQui s’habilleSi tard un jour de moisson !
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