Margarita
Les Quatre Vents de l’esprit — Le Livre dramatique
Personne.
Personne. On ne vient pas. — Entrons.
Personne. On ne vient pas. — Entrons. À la boutique !
Ce vieux burg est ainsi construit qu’ils sont forcésDe suivre les remparts tout le long des fossés.
On saura le secret du vent, des giboulées,Des roses, de l’instinct féminin et viril,Des madrigaux dont est formé le mois d’avril !
Ils descendent du ciel en effet. Quelle ivresse,Être deux amoureux ! Que Chloé soit traîtresse,Qu’importe ! Daphnis bête est un heureux berger.
Toute cette ombre aimable est d’aube pénétrée.Il s’agit maintenant d’y faire mon entrée.Quærens quem devoret. C’est moi. — George, mon cher,On vous aime, mais bah ! la beauté c’est la chair,La femme c’est la faute ; et vous avez le charme,Jeune homme, vous avez l’amour ; mais j’ai mon arme,L’expérience. Ami, vous allez en avant,Beau, tendre, frais, naïf. Moi, je suis le savant,L’artiste. Il est ardent, moi calme. Il a l’ivresse,J’ai l’appétit.
J’ai l’appétit. Comment trouves-tu ma maîtresse ?
Madame… — Elle a grand air. Elle n’est pas surprise.
— Vingt ans. De trop grands yeux, et de trop petits pieds.
— Des ancêtres cassés. Des preux estropiés.Force héros sans nez, perdus dans les décombres.Ce mélange imposant de Charlemagnes sombres,
De Barberousses morts, de Christs, de Jéhovahs,De saints, que le vulgaire appelle des gravats.L’auguste bric-à-brac, épars sous la fougère,Que l’histoire plus tard met sur son étagère.Une commission de savants trouverait
À camper dans cette herbe énormément d’attrait.L’humidité triomphe, et fait sous ce portiqueProspérer la grenouille, animal aquatique.Tous les siècles moisis ensemble. Que c’est beau !La ruine vraiment vaut presque le tombeau.C’est superbe. Les goths, les romains, les sicambres.Des pierres dans le blé, du gazon dans les chambres,Un burg, quoi ! C’est là, certe, un rare monument,Où l’on doit s’ennuyer épouvantablement.
— Divine ! un brin de fleur, et la voilà coiffée !
Vous devez par instants vous sentir sérieuse ?Vous êtes…
Ce front rose qui semble un lever de lumière,Tout cela n’est pas fait pour garder la maison.Je crois en vous voyant voir l’aurore en prison.Oui, vous êtes l’aurore, et vous êtes esclaveDans la nuit ! Au cachot, seule au fond d’une cave,Chez ce bonhomme affreux qu’on appelle l’hiver.La beauté c’est le fruit, l’indigence est le ver.
Burg sinistre ! Où donc est ton échelle, ô Latude !
— Tel que vous me voyez, j’aime la solitude,À la condition de ne pas être seul. —Croupir ! devenir laide ! autant vaut le linceul.Viviane se change en Toinon dans ces bouges.La taille s’épaissit, les bras deviennent rouges.Guerre à cet oppresseur infâme, le corset !Je viens vous annoncer une nouvelle, c’estQu’il existe des lieux charmants ; c’est que Versailles,Potsdam, Schoenbrunn, ont mis l’Olympe en leurs broussailles ;C’est qu’il est des palais ; c’est qu’il est des bosquets ;C’est qu’au seuil d’une idylle il faut de grands laquais ;C’est que le buisson, l’herbe, et la bruyère, et l’arbre,Ne sont beaux que mêlés à des nymphes de marbre ;C’est qu’un torrent est laid, et qu’au fond du vallonL’eau doit se comporter comme dans un salon ;C’est qu’Homère et Milton ne sont que des marouflesFaits pour passer le temps à chanter vos pantoufles ;C’est qu’il est un devoir, l’oisiveté, pour ceuxQu’enivre la langueur des appas paresseux ;C’est que les beaux habits sont beaux ; c’est que les femmesDoivent être de poupre et d’or, comme les flammes,Car toutes ont pour loi de brûler à leur tourDans l’immense incendie universel, l’amour !Je viens vous annoncer que vous êtes déesse ;Que la beauté, cet astre, a pour ciel la richesse,Et que sur cette terre, ancien fief de Vénus,Où, pour voir deux beaux yeux et baiser deux pieds nus,
Le pape donnerait Rome, et moi, Babylone,Vous avez une jupe en serge à dix sous l’aune !
Je ne suis pas Dieu. Non. Mais pour lui je rougisQue faisant de tels yeux, il fasse un tel logis !Morbleu ! faut-il qu’on rie, ou bien faut-il qu’on pleure ?Vous êtes la beauté suprême, pour demeureVous avez la tristesse horrible ! C’est complet.Ma parole d’honneur, si j’avais un valetMaladroit comme Dieu, laissant de sa fenêtreTomber le pot de fleurs où le lys vient de naîtreEt cassant un destin charmant sur le pavé,Cachant dans un taudis l’être qu’on a rêvé,Brouillant tout, faussant tout, faisant traire les vachesÀ Psyché, j’userais sur son dos vingt cravaches !Dieu se moque de nous, tristes fils de Japhet !
Vous vous trompez. — Voici mon grand-père.
Mon père est le baron d’Holburg. La destinéeL’avait brisé déjà que je n’étais pas née.On n’apprend point l’histoire aux femmes, c’est pourquoiJe ne vous dirai pas si ce fut pour le roiOu l’empereur, si c’est pour la Prusse ou l’Autriche,Qu’étant noble, il donna son sang, et qu’étant riche,Il donna son argent jusqu’au dernier écu ;Je sais qu’il eut le tort d’être pour le vaincu.Le vainqueur le frappa. L’on mit sous le séquestreSes fiefs seigneuriaux rayés de l’ordre équestre,Puis on le fit soldat. Ce burg fut son exil.Tout paysan pour lui devint un alguazil ;Les murs tombent, hélas, et les cœurs dégénèrent.Ceux qu’il avait jadis nourris, l’espionnèrent.Mon père n’eut plus droit de porter l’éperon.Défense de lui dire excellence ou baron.Il laboure son champ. Lui, cousin des margraves,Quoiqu’il fût le plus brave au milieu des vieux braves,Les jeunes officiers n’ont pas l’air de le voir.Il fait le blé, je fais le pain. Calme, le soir,
Vite ! Donnons l’assaut.
L’œil de Dieu reste ouvert dans l’ombre de mon âme.
Je comprends. Une fille est chez un paysan.On se dit : Allons-y.
On se dit : Allons-y. C’est bien. Allez-vous-en.
Attrapé. Sortez. Mais… Je suis chassé !
Et, monsieur le baron d’Holburg, je vous demande
En mariage ici votre fille NellaPour mon neveu le duc George deux
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