Duo

Les Quatre Vents de l’esprit — Le Livre lyrique

Quoique je fusse assis au bord d’un cimetière,Seul dans ce champ que l’aube et l’ombre ont pour frontière,Et perdu dans un tas de noirs cyprès et d’ifsEt de ronces, tordant leurs sarments maladifs,Le rire était si franc que je levai la tête.C’étaient deux jeunes gens qui venaient de la fêteEt qui s’en retournaient à la ville en jasant,Couple penchant déjà, mais encore innocent.Ces enfants rayonnaient sous ces branchages sombres,Lui charmant, elle pure ; on eût dit dans ces ombresLe mois d’avril donnant le bras au point du jour ;Et moi l’exil, pensif, je saluai l’amour.Allez, amants ! chantez, vie, extase, espérance !Ainsi marchait un soir dans un bois, à Florence,Le jeune Dante auprès de Béatrice enfant ;Dante la contemplait, ivre, heureux, triomphant ;Tout à coup elle dit : Si je mourais, mon Dante ?Et, tressaillant, il vit l’enfer, la voûte ardente,La nuit, les pleurs, le deuil, les sept cercles ouverts ;Et, dès le lendemain, il fit le premier versDu poëme qu’emplit la douleur insondée ;Car jamais le songeur ne refuse l’idée ;Le crâne du poète est un dôme effrayantOù de sombres oiseaux volent en tournoyant,Et qui dit au grand aigle : Ô farouche figure,Entre ! mon diamètre admet ton envergure.

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