« Oui, la terre fatale, oui, le ciel nécessaire »
Les Quatre Vents de l’esprit — Le Livre lyrique
Oui, la terre fatale, oui, le ciel nécessaire,Tout laisse en moi sa trace, et rien pour ma misèreN’est hautain ni moqueur ;Et quoique je ne sois qu’un vivant fait de cendre,Quand le rayon me voit, il consent à descendre,Et se mêle à mon cœur.
J’ai la confiance âpre et triste des apôtres,Et c’est pourquoi je suis cet homme dont les autresParlent confusément,Plein d’erreurs comme Adam, plein de fautes comme Ève,Que l’enfer tire en bas, mais qu’un éternel rêveEnchaîne au firmament.
L’impure forme humaine, ébauchée, incomplète,La chair, n’empêche pas que le ciel se reflèteDans l’abîme où je suis ;Près de ce vil crapaud qui bave et qui se traîne,La constellation vient resplendir sereineDans le fond de mon puits.
Par instants l’affreux monstre, en l’ombre qui le voile,Passe et fait en passant tressaillir une étoileDans mon cloaque noir ;Puis elle reparaît. Dieu que notre espoir nomme,Sois béni de changer l’eau bourbeuse de l’hommeEn céleste miroir !
Oui, tes vents m’ont parlé, toutes tes solitudesM’ont jeté leurs rumeurs et leurs inquiétudes,Azur, nuit, vision !À tes souffles de brume ou de clarté je vibre,
Ciel, comme si j’étais traversé par la fibreDe la création !
Comme si tous les fils invisibles de l’êtreSe croisaient dans mon sein que l’univers pénètre !Comme si, par moment,En moi, du front aux pieds, me mêlant au problème,Le sombre axe infini qui passe par Dieu mêmeTremblait confusément !
De sorte que je suis l’aimant de la nature,Que la création m’emplit, moi créature,Que Dieu coule en mon sang !De sorte, ô ciel profond, que le zénith faroucheSe verse dans mon crâne, et que le nadir toucheMon talon frémissant !
Mon âme dans sa nuit redit ta gamme immense ;Je frissonne à tes bruits d’orage ou de clémence,Vivant psaltérion ;Sur ma lyre, qu’émeut l’esprit des Zoroastres,Les sept notes jadis tombèrent des sept astresDu bleu septentrion.
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