« Quand le bien et le mal, couple qui nous obsède »
Les Quatre Vents de l’esprit — Le Livre lyrique
Quand le bien et le mal, couple qui nous obsède,Fixant leurs yeux sur nous, nous demandant notre aide,Montrant deux chemins à nos pas,L’un, celui qui descend, l’autre, celui qui monte,Sont là, nous appelant, prêts à combattre : ― honteÀ l’homme qui ne choisit pas !
Honte au vivant timide, au passant inutile,Eunuque qui lui-même abdique et se mutile,Qui voit le devoir et le fuit,Et ne s’y jette pas la tête la première,Et n’ose pas ouvrir la porte de lumièreEt fermer la porte de nuit !
Qui recule peut faire une ruine immense.Grands, petits, Dieu sait seul où la force commence,Seul où la faiblesse finit ;Quand un mont chancelant croule, le grain de sable,S’il pouvait empêcher sa chute, est responsableDes crimes du bloc de granit.
L’homme faible est l’appui du méchant qui se lève ;Les peureux font l’audace ; ils ont avec le glaiveLa complicité du fourreau.Ne dites pas : ― C’est mal, mais je n’y puis que faire. ―Ne dites pas : ― J’ai peur ; et je rentre en ma sphère ;Meurs, victime ; frappe, bourreau.
Je laisse le remords et le crime à ma porte ;Je m’en vais du forfait des autres ; que m’importeLeur scélératesse ou leur deuil !Ce mort, s’il m’accusait, serait une âme fausse ;
Car, n’étant pas de ceux qui creusèrent la fosse,Je suis quitte avec le cercueil. ―
Non, non ! il faut briser le poteau du supplice ;Qui, pouvant empêcher, laisse faire, est complice.Abstention, complicité.Ce qui semble un atome est tout un crime immonde ;C’est souvent dans le moindre espace qu’en ce mondeTient la plus grande énormité.
Tel qui renie un meurtre en est le vrai ministre.Le fond de la cuvette où, dans l’ombre sinistre,Un lâche se lave les mains,Peut offrir au regard, ― vision surhumaine,Et que tout l’océan ne contiendrait qu’à peine ! ―Un mont noir aux âpres chemins,
Trois gibets, deux voleurs se tordant sous les cordes,Les cieux mystérieux pleins de miséricordesS’ouvrant pour recevoir l’affront,Et sur la croix du centre, en une nuit sans lune,Un juste couronné d’épines dont chacunePerce une étoile sur son front !
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