« Tant qu’on verra l’amour pleurer, la haine rire »
Les Quatre Vents de l’esprit — Le Livre lyrique
Tant qu’on verra l’amour pleurer, la haine rire,Le mal régner,Le dogme errer, l’autel mentir, Néron proscrire,Jésus saigner,
Tant qu’on aura des rois, des églises athées,D’affreuses tours,Des peuples que la chaîne étreint, des ProméthéesSous les vautours,
Tant que je sentirai, cœur où rien ne mutileLe fier devoir,Que le vol d’une strophe irritée est utileDans le ciel noir,
Je combattrai ! Je sais que je serais un lâcheD’être autrement ;Je ne me laisserai détourner de ma tâche,Ô firmament !
Par rien, ni par avril, ni par l’ombre ingénueDes verts taillis,Ni par les prés en fleurs, ni par la gorge nueD’Amaryllis.
En présence de tant de nations qui pleurentSous le ciel bleu,Des tyrans qui, blanchis par le prêtre, demeurentNoirs devant Dieu,
Et de vous tous, vivants, en proie aux vils mensonges,Aux rois voleurs,
Qui flottez dans un rêve, et n’avez hors des songesQue les douleurs ;
En présence des maux, des crimes et des fautes,Des longs combats,Des hontes, des orgueils, de tant de têtes hautesEt de cœurs bas ;
France, tant qu’il faudra qu’une lueur éclaireL’affreux récif,Je resterai fidèle à la sombre colère,Au deuil pensif ;
Je dirai sans relâche et redirai sans trêveLa vérité ;Je serai dans l’écume obscure de la grèveUne clarté ;
Je serai ce fantôme, un juge ; et ma voix tristeSera l’échoDe ce clairon farouche à qui rien ne résisteDans Jéricho ;
Je ne quitterai point, grande France trahie,Mon tribunal !Avant que je me taise, ô tragique Isaïe,Ô Juvénal,
Ô Dante, Ézéchiel à l’œil visionnaire,Fier d’Aubigné,On verra dans les cieux s’arrêter le tonnerre,Époumoné.
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