« À cette terre, où l’on ploie »
Les Rayons et les Ombres
XXX
À cette terre, où l’on ploieSa tente au déclin du jour,Ne demande pas la joie.Contente-toi de l’amour !
Excepté lui, tout s’efface.La vie est un sombre lieuOù chaque chose qui passeÉbauche l’homme pour Dieu.
L’homme est l’arbre à qui la sèveManque avant qu’il soit en fleur.Son sort jamais ne s’achèveQue du côté du malheur.
Tous cherchent la joie ensemble ;L’esprit rit à tout venant ;Chacun tend sa main qui trembleVers quelque objet rayonnant.
Mais vers toute âme, humble ou fière,Le malheur monte à pas lourds,Comme un spectre aux pieds de pierre ;Le reste flotte toujours !
Tout nous manque, hormis la peine !Le bonheur, pour l’homme en pleurs,N’est qu’une figure vaineDe choses qui sont ailleurs.
L’espoir c’est l’aube incertaine ;Sur notre but sérieux
C’est la dorure lointaineD’un rayon mystérieux.
C’est le reflet, brume ou flamme,Que dans leur calme éternelVersent d’en haut sur notre âmeLes félicités du ciel.
Ce sont les visions blanchesQui, jusqu’à nos yeux maudits,Viennent à travers les branchesDes arbres du paradis !
C’est l’ombre que sur nos grèvesJettent ces arbres charmantsDont l’âme entend dans ses rêvesLes vagues frissonnements !
Ce reflet des biens sans nombre,Nous l’appelons le bonheur ;Et nous voulons saisir l’ombreQuand la chose est au Seigneur !
Va, si haut nul ne s’élève ;Sur terre il faut demeurer ;On sourit de ce qu’on rêve,Mais ce qu’on a, fait pleurer.
Puisqu’un Dieu saigne au Calvaire,Ne nous plaignons pas, crois-moi.Souffrons ! c’est la loi sévère.Aimons ! c’est la douce loi.
Aimons ! soyons deux ! Le sageN’est pas seul dans son vaisseau.Les deux yeux font le visage ;Les deux ailes font l’oiseau.
Soyons deux ! — Tout nous convieÀ nous aimer jusqu’au soir.N’ayons à deux qu’une vie !N’ayons à deux qu’un espoir !
Dans ce monde de mensonges,Moi, j’aimerai mes douleurs,Si mes rêves sont tes songes,Si mes larmes sont tes pleurs !
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