Une fée

Odes et Ballades

UNE FÉE.BALLADE PREMIÈRE.

Elle apparaît… comme ces figures dont le poëte voit les yeux étinceler à travers le feuillage sombre, quand, dans sa promenade du soir, il rêve de l’amour et du ciel.

Th. Moore. Amours des anges.

… La reine Mab m’a visité. C’est elleQui fait dans le sommeil veiller l’âme immortelle.

Émile Deschamps. Roméo et Juliette.

Que ce soit Urgèle ou Morgane,J’aime, en un rêve sans effroi,Qu’une fée, au corps diaphane,Ainsi qu’une fleur qui se fane,Vienne pencher son front sur moi.C’est elle dont le luth d’ivoireMe redit, sur un mâle accord,Vos contes, qu’on n’oserait croire,Bons paladins, si votre histoireN’était plus merveilleuse encor.C’est elle, aux choses qu’on révèreQui m’ordonne de m’allier,Et qui veut que ma main sévèreJoigne la harpe du trouvèreAu gantelet du chevalier.

Dans le désert qui me réclame,Cachée en tout ce que je vois,C’est elle qui fait, pour mon âme,De chaque rayon une flamme,Et de chaque bruit une voix ;Elle, — qui dans l’onde agitéeMurmure en sortant du rocher,Et, de me plaire tourmentée,Suspend la cigogne argentéeAu faîte aigu du noir clocher ;Quand, l’hiver, mon foyer pétille,C’est elle qui vient s’y tapir,Et me montre, au ciel qui scintille,L’étoile qui s’éteint et brille,Comme un œil prêt à s’assoupir ;Qui, lorsqu’en des manoirs sauvagesJ’erre, cherchant nos vieux berceaux,M’environnant de mille images,Comme un bruit du torrent des âges,Fait mugir l’air sous les arceaux ;Elle, — qui, la nuit, quand je veille,M’apporte de confus abois,Et, pour endormir mon oreille,Dans le calme du soir, éveilleUn cor lointain au fond des bois.Que ce soit Urgèle ou Morgane,J’aime, en un rêve sans effroi,Qu’une fée, au corps diaphane,Ainsi qu’une fleur qui se fane,Vienne pencher son front sur moi !

1824.

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