« Orphée, au bois du Caystre »
II
Orphée, au bois du Caÿstre,Écoutait, quand l’astre luit.Le rire obscur et sinistreDes inconnus de la nuit.Phtas, la sibylle thébaine,Voyait près de PhygaléDanser des formes d’ébèneSur l’horizon étoilé.Eschyle errait à la bruneEn Sicile, et s’enivraitDes flûtes du clair de luneQu’on entend dans la forêt.Pline, oubliant toutes chosesPour les nymphes de Milet,Épiait leurs jambes rosesQuand leur robe s’envolait.Plaute, rôdant à ViterbeDans les vergers radieux,Ramassait parfois dans l’herbeDes fruits mordus par les dieux.Versaille est un lieu sublimeOù le faune, un pied dans l’eau,Offre à Molière la rime,Étonnement de Boileau.
Le vieux Dante, à qui les âmesMontraient leur sombre miroir.Voyait s’évader des femmesEntre les branches le soir.André Chénier sous les saulesAvait l’éblouissementDe ces fuyantes épaulesDont Virgile fut l’amant.Shakspeare, aux aguets derrièreLe chêne aux rameaux dormants,Entendait dans la clairièreDe vagues trépignements.Ô feuillage, tu m’attires ;Un dieu t’habite ; et je croisQue la danse des satyresTourne encore au fond des bois.
22 juillet 1859
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