Le dimanche

Religions et Religion

IQUERELLES. ILE DIMANCHE.

— Je n’ai pas entendu le facteur frapper. — Certe !Votre porte aujourd’hui, monsieur, n’est pas ouverte.— Ah bah ! — Vous n’aurez pas aujourd’hui de journaux.— Pourquoi ?Pourquoi ? Mary, qui vient d’éteindre ses fourneaux,Est superbe ; elle a mis sa grande coiffe blanche.— Ni de lettres. — Pourquoi ? — Parce que c’est dimanche.— Eh bien ? — On ne lit pas de lettres ce jour-là.— Pourquoi ? — Parce que Dieu fit le monde. Il parlaEt travailla pendant six jours. — Soit. Que m’importe ?— Le dimanche on ne peut frapper à votre porte.— Mais pourquoi ? — C’est le jour où Dieu s’est reposé.Apprendre au maître, impie et français, l’A B C,C’est beau ; Mary triomphe, et ne se sent pas d’aise,Étant bonne chrétienne et servante irlandaise.On entend bourdonner la cloche dans la tour.

Ainsi l’infini va jusqu’au septième jour !Arrivé là, c’est dit ; l’infini devient morne,Reste court, et s’arrête épuisé ; c’est sa borne.Nous appelons cela le dimanche. Il est sûrQu’il faut pour faire un ciel bien des rouleaux d’azur,Qu’un chêne à fabriquer n’est pas un mince arbuste,Et qu’il faut une échelle étrangement robusteEt que l’échafaudage ait été bien construitPour peindre l’aube à fresque au mur noir de la nuit.Ainsi ce grand travail qu’on nomme la natureNe s’est point terminé sans quelque courbature !Ainsi le Tout-Puissant a dit : Je n’en puis plus !Et las, suant, soufflant, ankylosé, perclus,Pris d’un vieux rhumatisme incurable à l’échine,Après avoir créé le monde, et la machineDes astres pêle-mêle au fond des horizons,La vie et l’engrenage énorme des saisons,La fleur, l’oiseau, la femme, et l’abîme, et la terre,Dieu s’est laissé tomber dans son fauteuil Voltaire !

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