La Vision du chasseur

Traducido del inglés por Jean-Baptiste-François-Ernest de Chatelain

Sur un roc escarpé surplombant la montagne,Dominant au loin la campagne,Un chasseur de chamois, Peau-rouge, était assis ;Épuisé de fatigue il laissait d’aventureAu vent flotter sa chevelure,Charmé de reposer ses pieds endoloris.

Ternes gisaient les monts dans un lointain bleuâtre.Là, de ce vaste amphithéâtreSe déroulait le fleuve en replis tortueux,Côtoyant les forêts à la sombre verdure,Tandis que montait le murmureBourdonnant de l’abeille, ou du ruisseau joyeux.

Tranquille il écouta ; si bien qu’il crut entendreUne voix si douce et si tendre,Que l’écouteur pouvait à peine concevoirSi l’esprit percevait, si percevait l’oreille.Jamais une mère qui veilleSon enfant au berceau n’eut plus doux chant d’espoir.

La voix lui dit : « Chasseur brisé de lassitudeÀ tes pieds est la quiétude ;Vois poindre devant toi la terre du repos,Là sont tous tes aimés, attendant ta venuePour t’y faire la bienvenue,Et t’y faire oublier qu’il fut pour toi des maux ! »

Lors il leva les yeux, et vit dans l’atmosphèreBriller, juste entre ciel et terre,Une fraîche oasis, splendide région !Comme si du midi les vapeurs et la brumeAvaient amassé leur écumePour photographier ainsi l’illusion.

Des bosquets sous ses yeux étalent leur ombrage,Et des côteaux leur fascinage ;La fontaine jaillit sous de sombres berceauxOù la biche à pas lents vient et se désaltère.La feuille au vent bruit légère,Et tout en scintillant gazouillent les ruisseaux.

Voilà des amis morts bien chers à son enfanceQui se promènent en silence ;Et puis une jadis noble orgueil du hameau ;Ainsi qu’une colombe elle était douce et belle,Que de pleurs il versa sur elleDepuis le jour où froide elle est dans le tombeau :

Elle accourt folâtrant en dévorant l’espacePour arriver jusqu’à sa place,Étend la main vers lui, l’appelle par son nom,Avec ce gai visage, avec ce doux sourire,Dont irrésistible est l’empire,Et le chasseur soudain se penche, et perd l’aplomb :

Il se penche en avant, et puis de chute en chuteHélas ! en moins d’une minuteIl vît abîmes, rocs, passer devant ses yeux ;Et puis plus rien, plus rien, plus rien que le silence ;Le rêve finit l’existence,L’existence le rêve, – et tout rit sous les cieux !

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