Les Feuilles d’Automme, de M. Victor Hugo
Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années,Pour m’avoir fui si vite et vous être éloignées,Me croyant satisfait ?Hélas ! pour revenir m’apparaître si belles,Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,Que vous ai-je donc fait ?
C’en est fait ! Son génie est plus mûr désormais ;Son aile atteint peut-être à de plus fiers sommets ;La fumée est plus rare au foyer qu’il allume ;Son astre haut monté soulève moins de brume ;Son coursier applaudi parcourt mieux le champ clos ;Mais il n’a plus en lui, pour répandre à grands flotsSur des œuvres, de grâce et d’amour couronnées,Le frais enchantement de ses jeunes années.
........ avec un cri terrible,Ébloui, haletant, stupide, épouvanté !
Oublions, oublions ! Quand la jeunesse est morte,Laissons-nous emporter par le vent qui l’emporteÀ l’horizon obscur.
Rien ne reste de nous : notre œuvre est un problème ;L’homme, fantôme errant, passe sans laisser mêmeSon ombre sur le mur.
Que faire et que penser ? Nier, douter ou croire !Carrefour ténébreux ! triple route ! nuit noire !Le plus sage s’assied sous l’arbre du chemin,Disant tout bas : J’irai, Seigneur, où tu m’envoies ;
Il espère ; et, loin, dans ces trois sombres voies,Il écoute, pensif, marcher le genre humain !
J’ai vu sans murmurer la fuite de ma joie,Seigneur, à l’abandon vous m’aviez condamné.J’ai sans plainte au désert tenté la triple voie,Et je n’ai pas maudit le jour où je suis né.
Voici la vérité qu’au monde je révèle :Du ciel dans mon néant je me suis souvenu.Louez Dieu ! La brebis vient quand l’agneau l’appelle ;J’appelais le Seigneur, le Seigneur est venu.
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