« Dans ce cabriolet de place j’examine »

Pensées d’août

........ Nam curQuae laedunt oculos festinas demere : si quidEst animum, differs curandi tempus in annum ?

Horace, Ép., II., liv. i.

Dans ce cabriolet de place j’examineL’homme qui me conduit, qui n’est plus que machine,Hideux, à barbe épaisse, à longs cheveux collés :Vice et vin et sommeil chargent ses yeux soûlés.Comment l’homme peut-il ainsi tomber ? pensais-je,Et je me reculais à l’autre coin du siége.— Mais Toi, qui vois si bien le mal à son dehors,La crapule poussée à l’abandon du corps,Comment tiens-tu ton âme au dedans ? Souvent pleineEt chargée, es-tu prompt à la mettre en haleine ?Le matin, plus soigneux que l’homme d’à-côté,La laves-tu du songe épais ? et dégoûté,Le soir, la laves-tu du jour gros de poussière ?Ne la laisses-tu pas sans baptême et prièreS’engourdir et croupir, comme ce conducteurDont l’immonde sourcil ne sent pas sa moiteur ?

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