Alfred de Musset
Poètes et romanciers modernes de la France
J’aime surtout les vers, cette langue immortelle.C’est peut-être un blasphème et je le dis tout bas ;Mais je l’aime à la rage. Elle a cela pour elle,Que les sots d’aucun temps n’en ont pu faire cas,Qu’elle nous vient de Dieu, — qu’elle est limpide et belle,Que le monde l’entend et ne la parle pas.
Peut-être que le seuil du vieux palais LuigiDu pur sang de son maître était encor rougi ;Que tous les serviteurs sur les draps funérairesN’avaient pas achevé leurs dernières prières ;Peut-être qu’alentour des sinistres apprêts,Les prieurs, s’agitant comme de noirs cyprès,Et mêlant leurs soupirs aux cantiques des vierges,N’avaient pas sur la tombe encore éteint les cierges ;Peut-être de la veille, avait-on retrouvéLe cadavre perdu, le front sous un pavé ;Son chien pleurait sans doute et le cherchait encore.Mais quand Dalti parla, Portia prit sa mandore,Mêlant sa douce voix que la brise écartait,Au murmure moqueur du flot qui l’emportait…
Dont les flots ont rougi la mer HellespontienneEt taché de leur sang tes marbres, ô Paros !!
Ulric, nul œil, des mers n’a mesuré l’abîme,Ni les hérons plongeurs ni les vieux matelots ;Le soleil vient briser ses rayons sur leur cime,Comme un guerrier vaincu brise ses javelots !
...... Alentour des sinistres apprêts,Les prieurs s’agitant comme de noirs cyprès…
Heureux un amoureux ! – Il ne s’enquête pasSi c’est pluie ou gravier dont s’attarde son pas.
On en rit ; c’est hasard s’il n’a heurté personne ;Mais sa folie au front lui met une couronne,À l’épaule une pourpre, et devant son cheminLa flûte et les flambeaux, comme au jeune Romain !
Comme elle est belle au soir ! aux rayons de la lune,Peignant sur son col blanc sa chevelure brune !Sous la tresse d’ébène on dirait, à la voir,Une jeune guerrière avec un casque noir !
À la gorge superbe et toujours demi nue,Sous ses cheveux plaqués le front stupide et fier,Avec ces deux grands yeux qui sont d’un noir d’enfer,
Ah ! malheur à celui qui laisse la débauchePlanter le premier clou sous sa mamelle gauche.Le cœur d’un homme vierge est un vase profond :Lorsque la première eau qu’on y verse est impure,La mer y passerait sans laver la souillure,Car l’abîme est immense, et la tache est au fond !
Tout nous vient de l’orgueil, même la patience :L’orgueil, c’est la pudeur des femmes, la constanceDu soldat dans le rang, du martyr sur la croix.L’orgueil, c’est la vertu, l’honneur et le génie ;C’est ce qui reste encor d’un peu beau dans la vie,La probité du pauvre et la grandeur des rois ;
Frank, une ambition terrible te dévore.Ta pauvreté superbe elle-même s’abhorre ;Tu te hais, vagabond, dans ton orgueil de roi,Et tu hais ton voisin d’être semblable à toi. —Parle, aimes-tu ton père ? aimes-tu ta patrie ?Au souffle du matin sens-tu ton cœur frémir,Et t’agenouilles-tu, lorsque tu vas dormir ?De quel sang es-tu fait, pour marcher dans la vieComme un homme de bronze, et pour que l’amitié,L’amour, la confiance et la douce pitié,Viennent toujours glisser sur ton être insensible,Comme des gouttes d’eau sur un marbre poli ?Ah ! celui-là vit mal qui ne vit que pour lui.L’âme, rayon du ciel, prisonnière invisible,Souffre dans son cachot de sanglantes douleurs.Du fond de son exil elle cherche ses sœurs ;Et les pleurs et les chants sont les voix éternellesDe ces filles de Dieu qui s’appellent entre elles.
Telles par l’ouragan les neiges flagellées ?
« Nous voulons la beauté pour avoir la tristesse. »
« Prétends-tu me prouver que j’aie un cœur de pierre ? »
« Et ce que je te dis ne te le lève pas ! »
L’un, comme Caldéron et comme Mérimée,Incruste un plomb brûlant sur la réalité, etc.
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