Ode au soir
Suite de Joseph Delorme
ODE AU SOIR
imité de collins.
Si quelque flûte de Sicile,Quelque note d’un buis docile,Te peut, ô chaste Soir, espérer arriver,Parmi les bruits de tes haleinesSi fraiches en mourant, et le chant des fontainesQui monte à l’heure du rêver ;
Dans les prés, modeste Génie,Glissant d’une démarche unie,Tandis qu’à l’autre bout, sous des cieux encor chauds,Le soleil empourpré qui nageRattire à lui, renflamme en son dais de nuageTous ses rideaux et ses réseaux ;À cette heure où l’air qui s’apaiseN’a rien d’ailé qui ne se taise,Hors la chauve-souris, hirondelle des nuits,Qui, près des vieux murs qu’on côtoie,Repasse et bat et crie, et tempère la joieAux sens trop vite épanouis,Hors le hanneton monotoneQui, plein du faux ton qu’il bourdonne,Dans mon sentier étroit se rue innocemment ;— À cette heure, ô Soir, qu’il t’agréeD’inspirer à ma voix, à ma lèvre altéréeQuelque chant qui puisse, un moment,Qui puisse, à l’égal de tes ombres,Des blancs coteaux aux vallons sombresDécroître avec lenteur et fuir à l’infini ;Dont le suave accent exhaleLe charme que réserve à l’âme pastoraleTon retour chaque fois béni !Car sitôt qu’au bord de ton voileTu fais briller la pâle étoile,À ce tremblant signal en silence avertis,Le chœur des Heures plus sacrées,Les Esprits qui, le jour, aux corolles doréesSommeillaient, en foule sortis
S’assemblent, et Nymphes et Fées,Leurs tempes de joncs rattachées,Et les Plaisirs pensifs, et les Ennuis rêveurs,Tous au char ombreux qu’ils attellent,Un pied dans la rosée, attendent et t’appellentComme des amants ou des sœurs.Oh ! qu’alors la vaste bruyèreDe sa scène sauvage et fièreProlonge à mes regards l’horizon sourcilleux !Que plus haute sur la vallée,Plus sombre au front des bois, la tour, mieux dentelée,Parle des morts et des aïeux !Ou si l’orage et sa menace,Si la pluie à torrents qui chasse,M’arrêtent, malgré moi, loin des sentiers mouvants,Qu’au moins abrité sous la grangeQui domine la plaine, à cette horreur étrange,Aux flots grossis, fouettés des vents,Au déchirement des nuées,Au son des cloches remuées,Des cloches des hameaux au plus lointain du ciel,À ces beautés je m’esjouisseJusqu’à ce que, gagnant par degrés, s’épaississeUn voile d’ombre universel !Oui, tant qu’Avril qui recommence,Doux Soir, épandra sa semence àEt sa senteur en pluie à tes cheveux épars ;
Tant qu’aux longs jours où tu recules,L’Été ménagera tes douteux crépusculesEt s’égaiera sous tes retards ;Tant qu’après ses grappes vermeillesAutomne emplira tes corbeillesLentement, à regret, des couronnes des bois :Tant que de son tapis blanchâtreHiver amortira tes pas, et près de l’âtreConsolera tous tes effrois :Aussi longtemps, belle Vesprée,Invoquant ton heure assurée,L’Amitié qui sourit, l’Étude au chaste front,La Sagesse sensible encore,La Fantaisie errante et qui de jour s’ignore,Soir, ces doux hôtes t’aimeront !Aussi longtemps l’Amour qui mêleAux courts plaisirs l’âme immortelle,Ira par tes Édens méditer ses secrets :Puisse-t-il jamais dans l’absenceNe languir trop sevré de ta sainte puissance,Plus sainte à l’ombre des forêts ! sf
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