Causerie au bal

Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme

CAUSERIE AU BAL

À la même.

Et je vous ai revue, et d’espérance avideJ’ai rougi ; près de vous un fauteuil était vide ;Et votre œil sans courroux sur moi s’est reposé,Et je me suis assis, et nous avons causé :

« — Que le bal est brillant, et qu’une beauté blonde,« Nonchalamment bercée au tournant d’une ronde,« Me plaît ! sa tête penche ; elle traîne ses pas.« — Vous, Madame, ce soir, vous ne dansez donc pas ?« — Oui, j’aime qu’en valsant une tête s’incline ;« J’aime sur un cou blanc la rouge cornaline,« Des boutons d’oranger dans des cheveux tout noirs,« Les airs napolitains qu’on danse ici, les soirs ;« Surtout j’aime ces deux dernières barcarolles ;« Hier on me les chantait, et j’en sais les paroles.« — Qu’un enfant de quatre ans, n’est-ce pas ? dans un bal« Est charmant, quand, tout fier, et d’un pas inégal,« Il suit une beauté qui par la main le guide,« Et qui le baise après, rayonnant et timide.« — Au milieu de ce bruit, comme votre enfant dort,« Madame ! ses cheveux sont, au soir, d’un blond d’or.« Il sourit ; en rêvant, lui passe une chimère ;« Il entr’ouvre un œil bleu : c’est bien l’œil de sa mère. »— Et mille autres propos. Mais qu’avez-vous déjà ?J’ai cru revoir l’air froid qui souvent m’affligea.Avons-nous donc fait mal ? d’une voix qui soupireAi-je effrayé ce cœur, ou d’un trop long sourire ?Ai-je parlé trop bas ? ai-je d’un pied mutinAgacé sous la robe un soulier de satin ?Saisi trop vivement un éventail qui glisse ?Serré la main qui fuit, au bord de la pelisse ?Ai-je dit un seul mot de regrets et d’amours ?…Mais qu’au moins nous causions et longtemps et toujours !

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