Pierre Dupont

L’Art romantique — Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains

Avant que tes beaux yeux soient closPar le sommeil jaloux, ma belle,Descendons jusqu’au bord des flots,Et détachons notre nacelle.L’air tiède, la molle clartéDe ces étoiles qui se baignent,Le bruit des rames qui se plaignent,Tout respire la volupté.Ô mon amante !Ô mon désir !Sachons cueillirL’heure charmante !

De parfums comme de lueursLa nacelle amoureuse est pleine ;On dirait un bouquet de fleursQui s’effeuille dans ton haleine ;Tes yeux, par la lune pâlis,Me semblent pleins de violettes ;Tes lèvres sont des cassolettes !Ton corps embaume comme un lis !

Vois-tu l’axe de l’univers,L’étoile polaire immuable ?Autour, les astres dans les airsTourbillonnent comme du sable.Quel calme ! que les cieux sont grands,Et quel harmonieux murmure !Ma main dedans ta chevelureA senti des frissons errants !

Lettres plus nombreuses encorQue tout l’alphabet de la Chine,Ô grand hiéroglyphes d’or,Je vous déchiffre et vous devine.La nuit, plus belle que le jour,

Écrit dans sa langue immortelleLe mot que notre bouche épèle,Le nom infini de l’amour !Ô mon amante !Ô mon désir !Sachons cueillirL’heure charmante !

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