Brumes et Pluies
Les Fleurs du mal — 1857
LXIIIBRUMES ET PLUIES
Ô fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loueD’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveauD’un linceul vaporeux et d’un brumeux tombeau.Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue,Où par les longues nuits la girouette s’enroue,Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveauOuvrira largement ses ailes de corbeau.
Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres,Et sur qui dès long-temps descendent les frimas,Ô blafardes saisons, reines de nos climats !Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,— Si ce n’est par un soir sans lune, deux à deux,D’endormir la douleur sur un lit hasardeux.
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