« Je te donne ces vers afin que si mon nom »
Les Fleurs du mal — 1857
XXXV
Je te donne ces vers afin que, si mon nomAborde heureusement aux époques lointaines,Et, navire poussé par un grand aquilon,Fait travailler un soir les cervelles humaines,Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,Fatigue le lecteur ainsi qu’un tympanon,Et par un fraternel et mystique chaînonReste comme pendue à mes rimes hautaines ;
Être maudit à qui de l’abîme profond,Jusqu’au plus haut du ciel rien, hors moi, ne répond ;— Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,Foules d’un pied léger et d’un regard sereinLes stupides mortels qui t’ont jugée amère,Statue aux yeux de jais, grand ange au front d’airain !
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