La Beauté

Les Fleurs du mal — 1857

XVIILA BEAUTÉ

Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre,Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,Est fait pour inspirer au poète un amourÉternel et muet ainsi que la matière.Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;Je hais le mouvement qui déplace les lignes,Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes devant mes grandes attitudes,Qu’on dirait que j’emprunte aux plus fiers monuments,Consumeront leurs jours en d’austères études ;Car j’ai pour fasciner ces dociles amantsDe purs miroirs qui font les étoiles plus belles :Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

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