Spleen (« Je suis comme le roi d’un pays pluvieux »)
Les Fleurs du mal — 1857
LXISPLEEN
Je suis comme le roi d’un pays pluvieux,Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux,Qui de ses précepteurs méprisant les courbettes,S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bêtes.Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon,Ni son peuple mourant en face du balcon.Du bouffon favori la grotesque balladeNe distrait plus le front de ce cruel malade ;Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,Et les dames d’atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d’impudique toilettePour tirer un souris de ce jeune squelette.Le savant qui lui fait de l’or n’a jamais puDe son être extirper l’élément corrompu,Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,Il n’a pas réchauffé ce cadavre hébétéOù coule au lieu de sang l’eau verte du Léthé.
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