« Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle »
Les Fleurs du mal — 1857
XXIII
Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle,Femme impure ! L’ennui rend ton âme cruelle.Pour exercer tes dents à ce jeu singulier,Il te faut chaque jour un cœur au ratelier.Tes yeux illuminés ainsi que des boutiquesEt des ifs flamboyants dans les fêtes publiquesUsent insolemment d’un pouvoir emprunté,Sans connaître jamais la loi de leur beauté.Machine aveugle et sourde en cruautés féconde !Salutaire instrument buveur du sang du monde,Comment n’as-tu pas honte, et comment n’as-tu pasDevant tous les miroirs vu pâlir tes appas ?
La grandeur de ce mal où tu te crois savanteNe t’a donc jamais fait reculer d’épouvante,Quand la nature, grande en ses desseins cachés,De toi se sert, ô femme, ô reine des péchés,— De toi, vil animal, — pour pétrir un génie ?Ô fangeuse grandeur, sublime ignominie !
Comments
Loading comments…