Le Rêve d’un curieux

Les Fleurs du mal (1861)

CXXVLE RÊVE D’UN CURIEUX

À F. N.

Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,Et de toi fais-tu dire : « Oh ! l’homme singulier ! »— J’allais mourir. C’était dans mon âme amoureuse,Désir mêlé d’horreur, un mal particulier ;Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.Plus allait se vidant le fatal sablier,Plus ma torture était âpre et délicieuse ;Tout mon cœur s’arrachait au monde familier.

J’étais comme l’enfant avide du spectacle,Haïssant le rideau comme on hait un obstacle…Enfin la vérité froide se révéla :J’étais mort sans surprise, et la terrible auroreM’enveloppait. — Eh quoi ! n’est-ce donc que cela ?La toile était levée et j’attendais encore.

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