Le Vampire
Les Fleurs du mal (1861)
XXXILE VAMPIRE
Toi qui, comme un coup de couteau,Dans mon cœur plaintif es entrée ;Toi qui, forte comme un troupeauDe démons, vins, folle et parée,De mon esprit humiliéFaire ton lit et ton domaine ;— Infâme à qui je suis liéComme le forçat à la chaîne,
Comme au jeu le joueur têtu,Comme à la bouteille l’ivrogne,Comme aux vermines la charogne,— Maudite, maudite sois-tu !J’ai prié le glaive rapideDe conquérir ma liberté,Et j’ai dit au poison perfideDe secourir ma lâcheté.Hélas ! le poison et le glaiveM’ont pris en dédain et m’ont dit :« Tu n’es pas digne qu’on t’enlèveÀ ton esclavage maudit,Imbécile ! — de son empireSi nos efforts te délivraient,Tes baisers ressusciteraientLe cadavre de ton vampire ! »
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