Les Aveugles

Les Fleurs du mal (1861)

XCIILES AVEUGLES

Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux !Pareils aux mannequins ; vaguement ridicules ;Terribles, singuliers comme les somnambules ;Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.Leurs yeux, d’où la divine étincelle est partie,Comme s’ils regardaient au loin, restent levésAu ciel ; on ne les voit jamais vers les pavésPencher rêveusement leur tête appesantie.

Ils traversent ainsi le noir illimité,Ce frère du silence éternel. Ô cité !Pendant qu’autour de nous tu chantes, ris et beugles,Éprise du plaisir jusqu’à l’atrocité,Vois ! je me traîne aussi ! mais, plus qu’eux hébété,Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

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