Tout entière

Les Fleurs du mal (1861)

XLITOUT ENTIÈRE

Le Démon, dans ma chambre haute,Ce matin est venu me voir,Et, tâchant à me prendre en faute,Me dit : « Je voudrais bien savoir,Parmi toutes les belles chosesDont est fait son enchantement,Parmi les objets noirs ou rosesQui composent son corps charmant,

Quel est le plus doux. » — Ô mon âme !Tu répondis à l’Abhorré :« Puisqu’en Elle tout est dictame,Rien ne peut être préféré.Lorsque tout me ravit, j’ignoreSi quelque chose me séduit.Elle éblouit comme l’AuroreEt console comme la Nuit ;Et l’harmonie est trop exquise,Qui gouverne tout son beau corps,Pour que l’impuissante analyseEn note les nombreux accords.Ô métamorphose mystiqueDe tous mes sens fondus en un !Son haleine fait la musique,Comme sa voix fait le parfum ! »

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