L’Examen de minuit

Les Fleurs du mal — 1868

LXXXIXL’EXAMEN DE MINUIT

La pendule, sonnant minuit,Ironiquement nous engageÀ nous rappeler quel usageNous fîmes du jour qui s’enfuit :— Aujourd’hui, date fatidique,Vendredi, treize, nous avons,Malgré tout ce que nous savons,Mené le train d’un hérétique.Nous avons blasphémé Jésus,Des Dieux le plus incontestable !Comme un parasite à la tableDe quelque monstrueux Crésus,Nous avons, pour plaire à la brute,Digne vassale des Démons,Insulté ce que nous aimons,Et flatté ce qui nous rebute ;

Contristé, servile bourreau,Le faible qu’à tort on méprise ;Salué l’énorme Bêtise,La Bêtise au front de taureau ;Baisé la stupide MatièreAvec grande dévotion,Et de la putréfactionBéni la blafarde lumière.Enfin, nous avons, pour noyerLe vertige dans le délire,Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,Dont la gloire est de déployerL’ivresse des choses funèbres,Bu sans soif et mangé sans faim !…— Vite soufflons la lampe, afinDe nous cacher dans les ténèbres !

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