Le Mauvais Moine
Les Fleurs du mal — 1868
IXLE MAUVAIS MOINE
Les cloîtres anciens sur les grandes muraillesÉtalaient en tableaux la sainte Vérité,Dont l’effet, réchauffant les pieuses entrailles,Tempérait la froideur de leur austérité.En ces temps où du Christ florissaient les semailles,Plus d’un illustre moine, aujourd’hui peu cité,Prenant pour atelier le champ des funérailles,Glorifiait la Mort avec simplicité.— Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,Depuis l’éternité je parcours et j’habite ;Rien n’embellit les murs de ce cloître odieux.Ô moine fainéant ! quand saurai-je donc faireDu spectacle vivant de ma triste misèreLe travail de mes mains et l’amour de mes yeux ?
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