Le Possédé
Les Fleurs du mal — 1868
XXXVIIILE POSSÉDÉ
Le soleil s’est couvert d’un crêpe. Comme lui,Ô Lune de ma vie ! emmitoufle-toi d’ombre ;Dors ou fume à ton gré ; sois muette, sois sombre,Et plonge tout entière au gouffre de l’Ennui ;Je t’aime ainsi ! Pourtant, si tu veux aujourd’hui,Comme un astre éclipsé qui sort de la pénombre,Te pavaner aux lieux que la Folie encombre,C’est bien ! Charmant poignard, jaillis de ton étui !Allume ta prunelle à la flamme des lustres !Allume le désir dans les regards des rustres !Tout de toi m’est plaisir, morbide ou pétulant ;Sois ce que tu voudras, nuit noire, rouge aurore ;Il n’est pas une fibre en tout mon corps tremblantQui ne crie : Ô mon cher Belzébuth, je t’adore !
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