Le Vin du solitaire

Les Fleurs du mal — 1868

Le regard singulier d’une femme galanteQui se glisse vers nous comme le rayon blancQue la lune onduleuse envoie au lac tremblant,Quand elle y veut baigner sa beauté nonchalante ;

Le dernier sac d’écus dans les doigts d’un joueur ;Un baiser libertin de la maigre Adeline ;Les sons d’une musique énervante et câline,Semblable au cri lointain de l’humaine douleur,

Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,Les baumes pénétrants que ta panse fécondeGarde au cœur altéré du poëte pieux ;

Tu lui verses l’espoir, la jeunesse et la vie,— Et l’orgueil, ce trésor de toute gueuserie,Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux.

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