L’Invitation au voyage

Les Fleurs du mal

IX.L’INVITATION AU VOYAGE.

Mon enfant, ma sœur,Songe à la douceurD’aller là-bas vivre ensemble ;— Aimer à loisir,Aimer et mourirAu pays qui te ressemble !Les soleils mouillésDe ces ciels brouillésPour mon esprit ont les charmesSi mystérieuxDe tes traîtres yeuxBrillant à travers leurs larmes.Là, tout n’est qu’ordre et beauté,Luxe, calme et volupté.Des meubles luisansPolis par les ansDécoreraient notre chambre ;Les plus rares fleursMêlant leurs odeursAux vagues senteurs de l’ambre,Les riches plafonds,Les miroirs profonds,La splendeur orientale,Tout y parleraitÀ l’âme en secretSa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,Luxe, calme et volupté.Vois sur ces canauxDormir ces vaisseauxDont l’humeur est vagabonde ;C’est pour assouvirTon moindre désirQu’ils viennent du bout du monde.— Les soleils couchansRevêtent les champs,Les canaux, la ville entière,D’hyacinthe et d’or ;— Le monde s’endortDans une chaude lumière.Là, tout n’est qu’ordre et beauté,Luxe, calme et volupté.

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