À une jeune fille
Le Coffret de santal
Pourquoi, tout à coup, quand tu joues,Ces airs émus et soucieux ?Qui te met cette fièvre aux yeux,Ce rose marbré sur les joues ?
Ta vie était, jusqu’au momentOù ces vagues langueurs t’ont prise,Un ruisseau que frôlait la brise,Un matinal gazouillement.
Comme ta beauté se révèleAu-dessus de toute beauté,Comme ton cœur semble emportéVers une existence nouvelle,
Comme en de mystiques ardeursTu laisses planer haut ton âme.Comme tu te sens naître femmeÀ ces printanières odeurs,
Peut-être que la destinéeTe montre un glorieux chemin ;Peut-être ta nerveuse mainMènera la terre enchaînée.
À coup sûr, tu ne seras pasÉpouse heureuse, douce mère ;Aucun attachement vulgaireNe peut te retenir en bas.
As-tu des influx de victoireDans tes beaux yeux clairs, pleins d’orgueil,
Comme en son virginal coup d’œilJeanne d’Arc, de haute mémoire ?
Dois-tu fonder des ordres saints,Être martyre ou prophétesse ?Ou bien écouter l’âcre ivresseDu sang vif qui gonfle tes seins ?
Dois-tu, reine, bâtir des villesAux inoubliables splendeurs,Et pour ces vagues airs boudeursFaire trembler les foules viles ?
Va donc ! tout ploiera sous tes pas,Que tu sois la vierge idéaleOu la courtisane fatale…Si la mort ne t’arrête pas.
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