Li-tai-pé
Le Coffret de santal
Mille étés et mille hiversPasseront sur l’univers,Sans que du poète-dieuLi-taï-pé meurent les vers,Dans l’Empire du milieu.
Sur notre terre exilé,Il contemplait désolé
Le ciel, en se souvenantDu beau pays étoiléQu’il habite maintenant.
Il abaissait son pinceau ;Et l’on voyait maint oiseauÉcouter, en voletantParmi les fleurs du berceau,Le poète récitant.
Sur le papier jaune et vertDe mouches d’argent couvert,Fins et noirs pleuvaient les traits.Tel, sur la neige, en hiver,Le bois mort dans les forêts.
Il n’est de soupirs du vent,De clameurs du flot mouvantQui soient si doux que les sonsQue le poète, rêvant,Savait mettre en ses chansons.
Aromatiques senteursDont s’embaument les hauteurs,Thym, muguet, roses, jasmin,Comme en des rêves menteurs,Naissaient sous sa longue main.
À présent, il est auprèsDe Fo-hi, dans les prés frais,Où les sages s’en vont tous,À l’ombre des grands cyprès,Boire et rire avec les fous.
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