La Retraite

Sonnets

Un soir, en entendant la retraite passerLoin des éclats de voix de la foule distraite,À l’heure où l’on soupire, à l’heure où l’on regrette,J’ai senti, tout à coup, mon âme se glacer.

Et je demeurais là, grave et triste, à penserQu’un jour, lorsqu’à demi notre œuvre sera prête,Pour nos cœurs déjà froids sonnera la retraiteEt que nous serons morts avant de trépasser.

Par de là cette nuit de tant d’autres suivieJe songeais au déclin suprême de la vie.Voilà pourquoi, le soir, je tressaille toujours.

Voilà pourquoi j’ai mal, voilà pourquoi je doute,Quand, pleurant sur mon cœur qui se fait vieux, j’écouteLa retraite passer le long des noirs faubourgs.

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